L’Occident abandonne l’aide internationale et cède le terrain à ses rivaux

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L’aide publique au développement (APD) des pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) a chuté en 2025 de 23,1 % en termes réels, soit la plus forte contraction annuelle jamais mesurée depuis la création de l’indicateur en 1969. Ce chiffre, publié par l’OCDE en avril 2026, marque un tournant brutal : les volumes sont revenus à leur niveau de 2015, effaçant ainsi dix années de progression et, avec elles, une partie des engagements pris au moment de l’adoption de l’Agenda 2030.

La France ne fait pas exception. Selon les chiffres disponibles, après une diminution de 11 % en 2023 et une coupe supplémentaire de 13 % en 2024, le budget français consacré à la solidarité internationale a fait l’objet de cinq coupes consécutives depuis début 2024, et selon les estimations de Coordination SUD, l’APD française pourrait être réduite de 58 % en deux ans. Le chiffre est éloquent : l’hexagone, qui prétendait atteindre 0,7 % de son revenu national brut en 2025, voit cet horizon se rétrécir jour après jour.

Une crise bien plus profonde qu’un problème budgétaire

Mais réduire ce phénomène à un problème de budgets serait passer à côté de l’essentiel. Ce que traverse la coopération internationale est avant tout une crise politique et paradigmatique, une crise multidimensionnelle qui affecte en premier lieu les ONG occidentales, aujourd’hui. Pendant des décennies, l’aide au développement a rempli plusieurs fonctions simultanément : une mission humanitaire affichée, une stratégie géopolitique déguisée, et surtout une source de légitimation démocratique pour les gouvernements qui la pratiquaient, particulièrement en Occident.

Aujourd’hui, ces trois piliers s’effondrent. Dans un nombre croissant de pays, la solidarité internationale n’est plus perçue comme un bien politique valorisable. Elle est devenue, dans certains segments du débat public, un argument contre les gouvernements qui la pratiquent. L’aide n’est plus vendue comme un acte de générosité noble. Elle est revenue à ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : un acte politique, contestable, critiquable, remis en question par des électorats de plus en plus sceptiques envers le multilatéralisme.

Les vraies pertes, ailleurs

Ce retrait n’est pas sans conséquences. Dans des camps surpeuplés installés dans l’un des pays les plus pauvres du monde, l’aggravation de la crise financière menace l’aide humanitaire essentielle, notamment l’aide alimentaire qui a été considérablement réduite, ce qui fait craindre une recrudescence de la violence. Le Congo, le Sahel, Myanmar : les régions où le retrait occidental est le plus brutal sont aussi celles où la pauvreté et l’instabilité règnent.

La vraie question n’est pas comment financer une aide morte politiquement. C’est plutôt ce que l’Occident abandonne vraiment. En réduisant massivement son emprise « douce » sur les pays du Sud, le bloc occidental risque de voir d’autres puissances, moins entravées par les questions de légitimité démocratique interne, combler le vide. La Chine, la Russie, les monarchies du Golfe ne se poseront pas la question de la rentabilité politique interne de leur engagement en Afrique ou en Asie du Sud. C’est là que réside le paradoxe. En se repliant sur lui-même, l’Occident ne gagne pas en force. Il cède du terrain.