Les bombes de Damas sapent l’illusion de stabilité que Macron tentait de construire

wpbot_image_Wrw3Yq

Mardi 7 juillet, le centre de Damas a tremblé. Deux explosions ont ravagé une zone adjacente au luxueux hôtel Four Seasons où Emmanuel Macron avait dormi la veille, laissant 18 blessés dans leurs suites selon les autorités syriennes. Le président français, déjà parti au Palais du Peuple pour sa rencontre avec Ahmed al-Charaa, n’a rien entendu, du moins selon l’Élysée. Mais le reste du monde, lui, a bien reçu le message.

Cette visite de Macron n’était pas ordinaire. Premier dirigeant occidental à fouler le sol syrien depuis la chute de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir, fin 2024, d’une coalition islamiste, le chef de l’État français venait marteler un discours économique et diplomatique : la Syrie se reconstruit, investissez, entrez en affaires avec elle. La France va participer à la reconstruction d’infrastructures dans des secteurs comme le tourisme, l’agriculture, l’industrie, et Damas s’apprête à commander huit avions au constructeur européen Airbus. Un signal fort d’une reprise normale des relations.

Les explosions sabotent délibérément ce scénario. Le ministre syrien de l’Intérieur, Anas Khattab, qui s’est rendu sur les lieux, a déclaré que ces actes de sabotage visaient à porter atteinte à la visite du président français. L’analyse paraît crédible : l’absence même de revendication suggère un coup tactique destiné à démentir le discours optimiste. Ahmed al-Charaa réagit, affirmant que des « parties malveillantes » chercheraient à déstabiliser un pays qui progresse enfin. Mais qui sont ces parties ? Nul ne le dit publiquement.

L’impossible narration de la stabilité

Ces attentats ne surviennent pas en isolation. Un engin explosif artisanal avait frappé un café le 2 juillet, en plein cœur de Damas, faisant 10 morts et une vingtaine de blessés, soit l’attaque la plus sanglante perpétrée dans la capitale depuis celle qui avait visé une église grecque orthodoxe en juin 2025, faisant 25 morts. La succession d’explosions révèle une tension sous-jacente qui n’a rien résolu.

La fragilité du régime d’al-Charaa devient manifeste. Alors qu’al-Charaa s’efforce de convaincre que la Syrie est redevenue relativement stable et sûre et que son principal défi est celui du développement économique, ces explosions envoient un signal exactement inverse en rappelant que la Syrie n’est ni sécurisée, ni stabilisée. La visite de Macron incarnait l’espoir d’un tournant diplomatique et économique ; elle expose plutôt un gouffre entre l’aspiration à la normalité et la réalité sécuritaire.

Qui seraient les auteurs ? Depuis février, l’organisation jihadiste a revendiqué plusieurs attaques contre les forces de sécurité syriennes, présentées comme le début d’une nouvelle phase de sa campagne contre le pouvoir. Mais l’absence de revendication cette fois-ci trouble le tableau. Les autorités syriennes insinuent des saboteurs, des puissances régionales ou extérieures hostiles à une Syrie stable. Or, dans un vide sécuritaire pareil, les accusations restent spéculation.

Les limites du pari français

Macron venue défendre une vision d’une Syrie pluraliste, souveraine et pacifiée. Il a martelé l’engagement de la France auprès du peuple syrien, pour une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins. Mais les bombes rappellent que la pluralité n’est pas acquise, que la souveraineté d’al-Charaa reste contestée et que la paix demeure un voeu pieux.

La France prend un risque stratégique en soutenant une transition précaire. Elle mise sur une stabilisation rapide capable de séduire les investisseurs occidentaux. Mais la Syrie n’est pas une entreprise à relancer en quelques trimestres. Les démons qui ont nourri plus d’une décennie de guerre n’ont pas disparu avec l’effondrement d’un régime. Les explosions de Damas le rappellent brutalement : la reconstruction supposée de la Syrie n’est encore qu’un conte auquel personne ne croit vraiment.