Sommet des BRICS : le dégel sino-indien masque une rivalité qui menace le bloc émergent
Le 12 septembre 2026, le président chinois Xi Jinping s’est rendu en Inde pour participer au 18e sommet des BRICS, sa première visite depuis octobre 2019, soit six ans après l’affrontement meurtrier de Galwan et près de deux ans après un accord de désengagement frontalier. Cette visite inaugurait une phase de réconciliation affichée entre deux puissances censées incarner l’alternative à l’ordre occidental. Or, derrière les sourires diplomatiques, les tensions structurelles entre Pékin et New Delhi menaçaient déjà de diviser le bloc émergent lui-même.
Bien que les deux hommes aient échangé des sourires, le président chinois n’est resté sur le sol indien que moins de douze heures, brillant par son absence au dîner officiel. Ce détail révélateur en disait long sur la profondeur réelle du rapprochement. Les deux dirigeants avaient salué « les progrès constants » réalisés dans leurs relations bilatérales, alors qu’ils cherchaient à diversifier leurs relations commerciales face à l’imprévisibilité de Trump. Autrement dit, la Chine et l’Inde se rapprochaient moins par conviction que par nécessité défensive face aux aléas américains.
La ligne de fracture du bloc émergent
Ce qui pose un problème majeur aux BRICS : l’incapacité des ministres des Affaires étrangères à produire un communiqué commun en mai illustrait les difficultés de concilier les positions divergentes sur le Moyen-Orient, et ce conflit devait être la principale ligne de fracture lors du sommet. Le bloc ne parvient donc ni à parler d’une seule voix sur les crises régionales ni à masquer ses divergences commerciales.
Sur le plan économique, les échanges sino-indiens ont atteint 151 milliards de dollars, mais restent largement à l’avantage de Pékin : l’Inde a importé 131 milliards de dollars de biens chinois contre 19 milliards exportés, creusant un déficit commercial historique de 112 milliards de dollars. À l’heure où le Premier ministre Modi promeut le « Make in India », ce déséquilibre pèse sur le réchauffement bilatéral : New Delhi exige plus d’investissements chinois et un meilleur accès à son marché, tout en veillant à limiter sa dépendance envers Pékin.
Une confiance à reconquérir
Selon Harsh V. Pant du groupe de réflexion Observer Research Foundation, la Chine doit démontrer qu’elle accorde de l’importance à ses relations avec l’Inde en acceptant de répondre à certaines préoccupations économiques et commerciales de longue date, notamment en s’attaquant au déficit commercial abyssal et en garantissant un meilleur accès au marché pour les produits indiens.
Le paradoxe des BRICS se cristallise ici : deux nations qui se proclament partenaires stratégiques d’un monde multipolaire restent, dans les faits, rivales sur tous les tableaux. Bien qu’elles soient membres des BRICS et défendent la même vision d’un monde libéré de l’emprise américaine, l’Inde et la Chine se livrent en même temps à une féroce guerre d’influence sur le continent asiatique. Le sommet de New Delhi n’a donc rien résolu ; il a simplement confirmé que le bloc alternatif demeure traversé par des intérêts contradictoires que ni le protocole diplomatique ni la rhétorique antioccidentale ne parviendra à réconcilier.
Pour l’Occident, le message est clair : l’émergence d’un ordre multipolaire ne signifie pas l’unité des puissances rivales, mais leur fragmentation latente. Les BRICS incarnent moins une alternative crédible qu’une alliance de circonstance, rongée de l’intérieur par les mêmes logiques de domination économique et de compétition géopolitique qui régissent le système occidental depuis des décennies.