Ghana frappe à la porte des BRICS : quand l’alternative au bloc occidental peine à consolider son expansion
Après une croissance remarquable depuis 2023, le bloc BRICS fait face à une première épreuve de cohésion majeure. Le Ghana a révélé son intention de rejoindre l’organisation le 6 octobre 2026, mais cette candidature intervient dans un contexte de fractures internes croissantes au sein d’une alliance que les observateurs décrivaient comme une force unie contre l’ordre occidental. Les tensions qui émergent autour de cette demande d’adhésion africaine en disent long sur les limites d’une alliance fondée sur des intérêts divergents plutôt que sur une vision partagée.
Créés initialement en 2009, les BRICS comptent désormais 11 membres, dont l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, les Émirats arabes unis et l’Indonésie. Cette expansion spectaculaire a nourri l’illusion d’une alliance véritablement alternative capable de peser face à l’Occident. Or, l’arrivée de nouveaux membres ne résout pas les contradictions fondamentales : réunis dans la capitale indienne, les BRICS affichent leur ambition mais peinent à parler d’une seule voix, et les pays africains membres jouent la carte du pragmatisme pour accéder aux financements de l’organisation sans rompre avec leurs partenaires occidentaux.
L’ambivalence ghanéenne
Le Ghana incarne précisément cette ambivalence. En se tournant vers un Instrument de coordination des politiques non financé, Accra entend desserrer l’étau des conditionnalités traditionnelles et explorer de nouvelles sources de capitaux, à l’image de la Nouvelle Banque de développement. Une stratégie qui trahit l’urgence : pas d’adhésion pleine, mais une exploration stratégique des ressources du bloc. Les autorités ghanéennes ont toutefois tenu à souligner que ce rapprochement avec les économies émergentes ne constitue pas une rupture avec leurs partenaires historiques ni avec les institutions de Bretton Woods.
Ce pragmatisme révèle une réalité que le journalisme critique a maintes fois soulignée : les pays du Sud ne construisent pas un ordre alternatif, mais plutôt un système où ils peuvent naviguer entre plusieurs blocs sans renoncer à aucun. Des universitaires ghanéens invitent à ne pas surestimer les retombées immédiates d’une adhésion et recommandent de préserver les équilibres commerciaux traditionnels. Traduction : l’Occident reste indispensable.
Les fissures qui se creusent
Plus inquiétant encore, le 18e sommet des BRICS s’étant achevé à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026 sans désignation de nouveau membre, l’examen officiel de la candidature d’Accra pourrait attendre la présidence chinoise de 2027. Ce délai révèle les tiraillements internes : la Chine, puissance dominante du bloc, repousse les décisions qui consolidaient autrefois l’expansion rapide. L’Inde, présidente en 2026, rechigne à élargir. Pendant ce temps, les candidats qui frappent à la porte découvrent que l’accès n’est pas garanti.
Ce qui apparaissait comme l’émergence d’une alternative cohérente se transforme progressivement en un système fragmenté où chaque État poursuit ses intérêts propres. Les BRICS n’ont jamais été une alliance idéologique : elle était une alliance pragmatique d’États cherchant à peser davantage dans les décisions internationales. Or, ce pragmatisme même en révèle les fissures. À mesure qu’elle s’élargit, elle perd en capacité de décision. À mesure qu’elle essaie de rester unie, elle exclut.
Le Ghana regarde vers l’Est mais garde un oeil sur l’Ouest. Cette posture résume le dilemme des économies du Sud Global : comment construire des alternatives quand on reste structurellement dépendant de l’ordre ancien ? Les BRICS n’ont pas de réponse à cette question. Ils en sont plutôt le symptôme.