Moyen-Orient: le détroit d’Ormuz se resserre tandis que Washington perd le contrôle de son propre jeu
Les échanges de missiles se poursuivent le long du détroit d’Ormuz. Depuis le 15 août, après deux mois de trêve fragile, les frappes croisées entre Washington et Téhéran ont repris intensité, s’étendant aux installations alliées américaines dans le Golfe. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont revendiqué des attaques contre des installations à Bahreïn et au Koweït, prétendument dirigées contre des systèmes de défense aérienne et des radars, tandis que l’armée iranienne affirme avoir frappé trois bases au Koweït avec des drones suicide. Le Commandement américain du Moyen-Orient a annoncé une dixième nuit consécutive de bombardements ciblant des centres de commandement et les capacités maritimes de Téhéran.
Mais ce qui intéresse davantage les analystes, c’est moins le ballet des frappes que ce qu’il révèle: une administration Trump emprisonnée dans ses propres contradictions stratégiques. Malgré un budget militaire annuel surpassant celui de vingt pays réunis, les États-Unis n’ont atteint aucun des objectifs affichés en Iran, notamment le changement de régime et le morcellement du pays. Trump lui-même a déclaré être “vraiment sur le point de conclure un accord” avant de menacer de nouvelles attaques massives, tandis que selon des experts, les prochaines heures pourraient être cruciales pour déterminer si la désescalade ou l’escalade prime.
Les alliés échappent au contrôle américain
Pire encore pour Washington: les acteurs régionaux ne suivent plus la partition prévue. Des discussions corsées auraient opposé Trump et Benjamin Nétanyahou ces derniers jours, le président américain tentant de dissuader le premier ministre israélien de relancer la guerre contre l’Iran. Ces tensions tapies sous le vernis diplomatique soulignent une réalité oubliée par les stratèges de Washington: Israël n’est pas une pion, mais un acteur avec ses propres calculs.
L’Iran, de son côté, n’a nul besoin d’une victoire militaire décisive. Depuis deux mois, les deux parties voulaient éviter une reprise totale des combats; l’Iran avait besoin de reprendre son souffle après avoir été durement touché militairement et économiquement. Reprendre les frappes coûte, mais laisser Washington indiquer le rythme en coûte davantage en termes de souveraineté perçue.
Le pétrole empoisonne la politique
Au 15e jour de la reprise de la guerre, les frappes croisées se poursuivent et les tensions s’étendent au détroit d’Ormuz et aux pays voisins, avec les marchés pétroliers oscillant et la confrontation s’étendant désormais aux mers, aux marchés et aux capitales régionales. Pour Washington, les républicains espéraient une baisse du prix du pétrole à l’approche des élections de mi-mandat, un calcul électoral qui s’effondre si les prix s’envolent.
Ce que Tribune Monde observe, c’est une hégémonie américaine prisonnière de ses propres moyens militaires. Plus de canon pour enfoncer une porte fermée. Entre frappes militaires, menaces sur les routes énergétiques et initiatives diplomatiques fragiles, le Moyen-Orient reste suspendu à des équilibres précaires dont l’évolution conditionnera la sécurité mondiale. L’ordre de Trump vacille non parce qu’il manque de puissance de feu, mais parce que la puissance brute ne peut plus ordonner l’histoire. Pendant ce temps, les marchés tremblent, les alliés discutent à huis clos, et l’Occident redécouvre une leçon oubliée: on ne gagne pas contre la géographie et le temps.