Le Golfe persique explose : comment Washington a perdu le contrôle d’une escalade qu’il refuse de nommer

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Les Houthis ont attaqué quatre villes du sud de l’Arabie Saoudite le 8 septembre, blessant soixante-treize personnes, tandis que le Commandement central américain a riposté en détruisant cinq pétroliers affiliés aux Gardiens de la Révolution iraniens. Mais ces chiffres, apparemment chirurgicaux, masquent une réalité bien plus inquiétante : le conflit du Golfe vient de franchir un seuil critique. Le conflit, que Washington refuse obstinément d’appeler une guerre, a cessé d’être un conflit naval limité au détroit d’Ormuz pour se transformer en brasier régional d’une géométrie qui se déploie sans cesse.

Les événements des 9 et 10 septembre esquissent le portrait d’une machine de guerre qui a échappé à tout contrôle. Jeudi matin, l’Iran a lancé vingt missiles balistiques contre une base aérienne en Jordanie, royaume du Levant et partenaire occidental vital, ordonna l’évacuation des équipages des citernes civiles mouillées au large du Koweït et de Bahreïn, et fit monter le brut Brent au-delà des cent dollars. La symbolique du franchissement des trois chiffres n’échappe à personne dans les salles de marché mondiales.

Washington avait juré qu’il n’y aurait pas de guerre. Il n’existe aucun objectif politique clairement énoncé, aucun plan de sortie, aucune endgame. Depuis février, ce conflit s’est transformé en une guerre d’intensité variable et sans fin, dépourvue de plan opérationnel pour le lendemain et privée d’horizon politique défini. C’est précisément ce qui rend la situation si dangereuse : chaque coup entraîne un contrecoup, chaque contrecoup appelle une nouvelle riposte, et rien n’arrête cette mécanique mortelle.

Sur le plan intérieur américain, le langage même traduit la débâcle. Un conflit qui n’a pas de nom finit par échapper à tout débat démocratique. Si vous ne pouvez pas l’appeler une guerre, vous ne rendez pas des comptes. Vous ne justifiez pas les morts, vous ne débattez pas des moyens engagés, vous ne discutez pas de la fin. Washington s’est peint lui-même dans un coin : il continue de frapper, comme si les frappes suffisaient à résoudre le problème, alors que chaque nouveau tir ne fait qu’enfoncer davantage l’engrenage.

L’homme fort de Téhéran change la donne

La présence d’un homme nouveau aux commandes de Téhéran complique encore la situation. Depuis le 9 août 2026, le secrétariat du Conseil suprême de la sécurité nationale est dirigé par Mohsen Rezaei, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution. Un profil qui ne laisse rien augurer de bon pour une désescalade. Avec lui à la table des négociations, l’Iran passe un message : la ligne dure reprend le contrôle.

Sur le front ukrainien, le problème se reproduit en miniature avec des conséquences tout aussi déstabilisantes. Le 9 septembre, les forces spéciales ukrainiennes ont frappé les complexes de traitement de gaz de Novy Urengoy et Purovsk en Sibérie nord-occidentale, à une distance opérationnelle d’environ 3 200 kilomètres, surpassant le précédent record établi en juillet lors d’une frappe sur la raffinerie d’Omsk. L’Europe assiste à l’extension progressive d’un conflit régional vers un affrontement qui menace maintenant les fondamentaux énergétiques russes.

L’ordre mondial en accélération libre

Cette semaine de septembre 2026 ressemble moins à des incidents isolés qu’à la manifestation d’un ordre mondial en accélération libre. Selon la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, le système international « ne s’effondre pas dans un fracas brutal, mais se désagrège pièce par pièce ». Le Golfe persique en est désormais le théâtre principal.

Ce qui compte vraiment, c’est que personne ne semble capable d’arrêter cette spirale. Pas Washington, qui a abandonné la diplomatie. Pas l’Iran, qui teste les limites de la patience américaine. Pas les Européens, trop occupés à gérer leurs propres crises. Le Golfe persique ne brûle pas : il explose lentement, par vagues, dans une guerre sans fin que personne n’ose reconnaître.