Corne d’Afrique : l’Éthiopie et l’Érithrée au bord du précipice, tandis que l’Occident regarde ailleurs

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En Corne d’Afrique, Addis-Abeba et Asmara s’engagent dans une escalade verbale qui les rapproche dangereusement d’un conflit ouvert. Pendant que le monde occidental détourne son attention vers Leipzig, le Moyen-Orient et les manœuvres de Trump, un affrontement entre l’Éthiopie et l’Érythrée pourrait transformer une région entière.

Alors que le Soudan est en flammes, un affrontement entre l’Éthiopie et l’Érythrée pourrait faire basculer la Corne de l’Afrique dans une conflagration régionale. Ce scénario n’a rien de théorique. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed accuse l’Érythrée d’attiser les troubles en Éthiopie en formant et en armant des milices hostiles au gouvernement, tandis qu’Asmara présente l’Éthiopie comme l’agresseur.

Le piège de la géographie

Le cœur du conflit épouse un enjeu classique et insoluble : l’accès à la mer. Abiy Ahmed affirme vouloir mettre fin à l’enclavement de son pays, le plus peuplé au monde à être dépourvu d’accès à la mer. Face à cette ambition, les autorités érythréennes redoutent qu’il ne cherche à reprendre le contrôle de leurs ports, auxquels l’Éthiopie bénéficiait d’un accès sans entrave avant la sécession de l’Érythrée en 1993.

Le silence complice de la communauté internationale

Cette montée des tensions est largement ignorée par une communauté internationale absorbée par d’autres crises. C’est précisément le mécanisme qui détache les conflits africains de l’agenda occidental. Pendant que Washington, Bruxelles et Paris gèrent leurs propres crises de légitimité, que l’ordre atlantique se fissure et que l’Asie redessine les hiérarchies, une région de centaines de millions d’habitants glisse vers l’instabilité sans que personne ne mette en place les garde-fous diplomatiques.

Or le Soudan voisin s’effondre déjà. Si l’Éthiopie et l’Érythrée entrent en conflit ouvert, la Corne de l’Afrique deviendrait un chaos ingérable, avec toutes les conséquences en cascade : flux de réfugiés massifs, destabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, et vacuums que d’autres puissances se empresseraient de remplir.

La prédictibilité du désastre

La tragédie de cette situation réside dans sa prédictibilité. Les signaux d’alarme sont visibles depuis des mois. Les deux États accumulent des provocations verbales et militaires sans crainte de réprobation réelle. Personne ne leur impose de reculer parce que personne ne les observe vraiment. Les institutions multilatérales, supposées justement prévenir ce type d’escalade, manquent de crédibilité et de moyens.

L’Afrique du XXe siècle a appris qu’elle n’était pas une priorité géopolitique. Celle du XXIe siècle découvre qu’elle ne l’est toujours pas, même lorsque la planète bascule dans un nouvel ordre.