Éthiopie : quand la paix de Tigray bascule dans l’engrenage de l’escalade à quatre ans de distance

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L’Éthiopie franchit un nouveau seuil. Après une paix fragile négociée à Pretoria en novembre 2022, le pays bascule à nouveau vers la guerre. Les combats qui ont éclaté en septembre dans le Tigray et au-delà constituent, selon les analystes, la plus grave escalade depuis la fin de la guerre de deux ans qui a dévastateur la région.

Des combats ont éclaté le 22 septembre 2026 entre l’armée éthiopienne et les forces alignées sur le Front de libération du peuple du Tigray, principal parti politique de la région. Mais ce qui distingue cette rechute de simples accrochages, c’est sa convergence avec une dynamique politique plus large. Le Front de libération du peuple du Tigray a annoncé qu’il avait formé une alliance avec six autres groupes armés et politiques cherchant à renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed et à établir un gouvernement de transition.

Le calendrier révèle la mécanique sous-jacente. Une bataille entre l’armée éthiopienne et le TPLF avait déjà éclaté le 1er août 2026 près de la frontière soudanaise, représentant l’escalade la plus grave depuis la fin de la guerre du Tigray en 2022. Puis, dans les semaines suivantes, les frappes aériennes se sont multipliées en Tigray, la capitale régionale de Mekelle étant visée par une série de frappes de drones en août, dont une attaque du 20 août contre un compound civil qui a blessé 13 civils. Le 22 septembre, l’Éthiopie a lancé au moins cinq drones et mené plus de 21 frappes aériennes, deux frappes ayant touché deux écoles à Alamata, tuant au moins 14 civils et en blessant 22 autres.

L’illusion d’une paix sous contrôle militaire

Ce qui frappe, au-delà de la violence brute, c’est l’exposition de l’accord de paix comme simple armistice imposé, dépourvu de mécanismes de réconciliation profonde. Washington a levé les sanctions contre l’Éthiopie et l’Érythrée liées aux atrocités de la dernière guerre, affirmant que l’« urgence nationale » avait expiré. Le geste était destiné à crédibiliser Addis Ababa. Il a plutôt signalé au gouvernement d’Abiy Ahmed que le coût politique d’une relance du conflit avait diminué.

Les acteurs occidentaux, États-Unis en tête, avaient promu l’accord de Pretoria comme un succès diplomatique. Mais sans mécanismes de désarmement vérifiables, sans véritable justice transitionnelle, sans reconstruction des zones dévastées, la paix restait une suspension de la violence, non son dépassement. Le renouvellement des combats met gravement à l’épreuve l’accord de Pretoria de 2022, marquant le défi le plus sérieux à cet accord et soulevant des craintes d’un conflit régional plus large qui pourrait impliquer des groupes armés de toute l’Éthiopie.

Le gouvernement éthiopien dénonce les « provocations » du front du Tigray, tandis que ce dernier accuse le gouvernement d’avoir lancé une « invasion ». La rhétorique usée masque une réalité plus structurelle : l’accord de paix n’a jamais résolu le clivage politique qui a alimenté le conflit initial. L’intensification des combats soulève des craintes que l’accord de paix qui a mis fin à une guerre dévastatrice de deux ans en 2022 ne s’effondre.

Vers une fragmentation éthiopienne plus large

Le contexte régional joue un rôle décisif. L’escalade est survenue des jours après la formation d’une nouvelle alliance par sept groupes armés venus de toute l’Éthiopie, cherchant à renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Cette coalition transcende Tigray : elle unit des forces oromo, des combattants amhara, des mouvements séparatistes du Somaliland éthiopien.

Le parallèle avec la guerre civile précédente est frappant. Abiy Ahmed avait neutralisé ses rivaux politiques en 2018-2020 en engageant une guerre de faible intensité, culminant par le conflit du Tigray. Quatre ans plus tard, malgré la victoire militaire affichée, il fait face à une opposition fragmentée mais coordonnée. Le modèle autoritaire, incapable de construire un consensus politique légitime, engendre précisément les conditions de son propre renversement.

Pour Tribune Monde, le message est transparent : la paix ne se négocie pas durablement sous la menace du canon. L’Éthiopie, laissée à elle-même après le retrait relatif de l’attention occidentale, retombe dans un affrontement qui n’a jamais vraiment cessé, mais s’est simplement assoupi sous le poids de l’occupation militaire et de l’épuisement. C’est une nouvelle illustration de la fragilité des ordres régionaux imposés sans légitimité interne.