Éthiopie-Érythrée : la bombe oubliée de la Corne de l’Afrique

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Les promesses de paix de Donald Trump ne tiennent pas face aux réalités des conflits qui s’embrasent sur plusieurs continents. En Corne de l’Afrique, une escalade dangereuse entre l’Éthiopie et l’Érythrée pourrait basculer la région dans une guerre régionale, largement ignorée par une communauté internationale absorbée par d’autres crises.

Une Corne de l’Afrique au bord du gouffre

Addis-Abeba et Asmara, engagés depuis des mois dans une escalade verbale, semblent se rapprocher dangereusement d’un conflit ouvert. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed accuse l’Érythrée d’attiser les troubles en Ethiopie en formant et en armant des milices hostiles au gouvernement. De son côté, Asmara présente l’Ethiopie comme l’agresseur.

Les enjeux sous-jacents ne manquent pas : Abiy Ahmed affirme vouloir mettre fin à l’enclavement de son pays, le plus peuplé au monde à être dépourvu d’accès à la mer, tandis que les autorités érythréennes redoutent qu’il ne cherche à reprendre le contrôle de leurs ports, auxquels l’Ethiopie bénéficiait d’un accès sans entrave avant la sécession de l’Erythrée en 1993. Une lutte pour le contrôle stratégique d’une région clé se joue donc en arrière-fond, opposant des aspirations contradictoires ancrées dans l’histoire.

L’ombre du passé et le spectre d’une conflagration régionale

Le dernier conflit ouvert entre l’Ethiopie et l’Erythrée (1998-2000) avait été marqué par des combats de tranchées rappelant la première guerre mondiale, au cours desquels des dizaines de milliers de soldats avaient trouvé la mort. Les risques d’une nouvelle escalade sont tangibles : la guerre au Soudan vient accroître les risques, avec Asmara soutenant l’armée soudanaise et Addis-Abeba s’efforçant de rester neutre, mais pouvant renforcer son appui aux paramilitaires des FSR en cas de nouvel affrontement. Un conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée risquerait ainsi d’embraser l’ensemble de la région.

Pourtant, cette montée des tensions est largement ignorée par une communauté internationale absorbée par d’autres crises. Une omission révélatrice de la fragmentation du système multilatéral face aux enjeux globaux.

Trump au cœur de la crise : des promesses sans effet

La région ne manque pas de soutiens internationaux potentiels, mais aucun ne s’impose. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, s’est montré bien plus imprévisible, son retour à la Maison-Blanche ayant profondément bouleversé la politique mondiale et la gestion des crises internationales, et il s’est placé au centre du jeu dans de nombreux conflits et foyers de tension après avoir promis de ramener la paix dans un monde en flammes.

Or, concernant la Corne de l’Afrique, la promesse formulée en novembre par le président Donald Trump de contribuer personnellement à l’arrêt du conflit au Soudan est restée sans effet. Une impuissance qui traduit les limites réelles d’une diplomatie américaine débordée par une accumulation de crises sur plusieurs fronts : le Soudan lui-même demeure un foyer de violences atroces au Darfour, où les Forces de soutien rapide (FSR) se sont livrées à une vague de massacres.

Un ordre international fragilisé

Le déferlement de violences qui a marqué l’année 2025 et qui devrait se prolonger en 2026 n’a surpris personne, car depuis un certain temps, les conflits se multiplient à travers le monde et des guerres majeures éclatent avec une fréquence alarmante. Ce qui frappe davantage, c’est que face à cet emballement, les acteurs internationaux traditionnels ne parviennent plus à imposer leurs solutions. Les promesses électorales de retour à la paix restent lettre morte, tandis que les crises négligées bouillonnent en arrière-plan, menaçant d’explosions régionales à tout moment.

L’escalade éthio-érythréenne incarne cette impuissance : trop lointaine pour mobiliser les capitales occidentales, trop sensible pour être résolue sans risque d’embrasement généralisé, elle demeure une bombe à retardement ignorée au cœur d’une région déjà en convulsion.