Gouvernance IA : l’ONU tente de forger un consensus mondial avant qu’il ne soit trop tard

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La course aux règles mondiales de l’intelligence artificielle s’accélère. Mardi 1er juillet, l’ONU et l’Union internationale des télécommunications ont officialisé la création d’une commission mondiale pour réunir autour d’une même table gouvernements, géants de la tech et experts. Le message implicite ? Sans action coordonnée, le monde risque de basculer dans un patchwork ingérable de réglementations incompatibles.

Depuis quelques mois, la dynamique est devenue criante. États-Unis, Europe et Asie élaborent des cadres irréconciliables. Bruxelles impose une approche fondée sur les risques. Washington préfère les restrictions de sécurité nationale et la primauté économique. Pékin et autres puissances asiatiques développent leurs propres champion de l’IA soutenus par l’État. Pendant ce temps, la technologie ne s’arrête pas. Elle s’accélère.

La nouvelle Commission IA pour le Bien mondial tient sa première réunion à Genève le 8 juillet. Sur le papier, l’ambition est claire : créer un espace de coordination avant que la fragmentation devienne irréversible. Sur le terrain, cet optimisme comporte ses zones d’ombre.

Le défi n’est pas qu’académique. À l’heure où les gouvernements contrôlent de moins en moins les systèmes IA les plus puissants, et où les entreprises font largement confiance à des données fournies par les sociétés elles-mêmes pour évaluer les risques, l’absence de normes communes crée des vides dangereux. Comment harmoniser protection des données, transparence, accès équitable aux technologies quand les visions géopolitiques de la régulation divergent aussi radicalement ?

Plusieurs scénarios effraient les observateurs. D’abord, une course au moins-disant, où les pays adoptent les règles les plus souples pour attirer l’investissement. Deuxième risque : l’émergence de trois blocs incompatibles, occidentaux, asiatiques, et autres, qui fonctionneraient chacun selon ses priorités propres. Troisième menace : le pouvoir de facto des grandes sociétés technologiques qui façonnent les normes de facto avant même que les gouvernements ne se décident.

À cet égard, les initiatives publiques peuvent sembler en retard. L’Algérie vient de tenir ses élections parlementaires le 2 juillet en réaction à une crise politique antérieure. Le Nigeria compte avec ses défis de sécurité immédiate. Les débats de Genève, même s’ils sont vitaux, ont peu de chance de capturer l’attention des urgences quotidiennes de nombreuses nations. Et c’est précisément là que réside la grande faiblesse : une gouvernance mondiale de l’IA qui ignore les réalités régionales sera soit imposée par la force économique, soit contournée.

Les Nations Unies ont compris que le temps presse. D’ici quelques années, si les sociétés développent des systèmes IA nettement plus puissants sans cadre régulateur établi, il sera trop tard pour rattraper le coup. La commission se veut donc un palier intermédiaire, un endroit où États et entreprises acceptent au moins de discuter plutôt que de se faire la sourde oreille. Reste à savoir si ce dialogue suffit, ou s’il ne s’agit que d’une manière civilisée de laisser les plus puissants dicter les règles du jeu.