BRICS 2026 : l’illusion de l’unité contre l’Occident masque une rivalité sino-indienne qui ronge le bloc

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Le spectacle était soigneusement chorégraphié. Réunis à New Delhi du 11 au 13 septembre 2026, les dirigeants du bloc BRICS ont défilé devant les caméras du monde entier, affichant une cohésion que Washington regarde avec inquiétude. Xi Jinping s’est rendu en Inde pour la première fois depuis près de sept ans, et Narendra Modi a organisé des rencontres en tête-à-tête avec les grands acteurs du bloc. Le message était limpide : après des années de tensions border et d’escalades verbales, Pékin et New Delhi tournent une page. L’échiquier géopolitique bascule, murmure-t-on, vers un rééquilibrage qui affaiblirait l’Occident.

Sauf que cette Renaissance sino-indienne repose sur un mensonge collectif. Les deux géants asiatiques n’ont pas réconcilié leurs intérêts. Ils ont simplement accepté de les faire taire le temps d’une conférence de presse, en attendant d’accuser la Chine d’écraser l’Inde sous le poids de ses exportations. Ce qui a commencé comme une ouverture diplomatique en octobre 2024, avec un accord sur les patrouilles frontalières en Himalaya, s’est transformé en réalité commerciale brutale : le déficit commercial indien face à la Chine a atteint un niveau record de 112 milliards de dollars sur l’année fiscale 2025-2026. Un chiffre qui exprime bien plus que l’arithmétique mercantile ; il dessine les fractures d’un bloc que sa propre diversité paralyse.

L’unité de façade face à Trump

Le contexte de ce sommet ne manque pas d’ironie. Les BRICS se réunissaient dans un environnement d’escalade tarifaire sans précédent, tandis que Washington resserre l’étau technologique et commercial autour de la Chine et tente d’isoler la Russie. La frustration envers ce qu’on appelle désormais le « trumpisme » était palpable. Les dix pays membres du bloc, qui représentent près de la moitié de la population mondiale et plus de 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, ont saisi l’occasion pour rejeter, par la voix de Modi lui-même, l’hégémonisme occidental. La déclaration de New Delhi a appelé à une « retenue maximale » face aux tensions au Moyen-Orient et promis une croissance plus inclusive.

Sauf que, sous ces déclarations consensuelles, personne n’a vraiment répondu à la question qui tue : comment un bloc aussi fragmenté peut-il constituer un contrepoids cohérent à l’Occident ? L’Inde, membre de multiples alliances pro-américaines, maintient des liens étroits avec Washington. La Russie demeure isolée par les sanctions occidentales. La Chine, elle, poursuit son agenda expansionniste sans attendre l’assentiment de ses partenaires. L’Iran et les Émirats arabes unis cohabitent dans la même structure malgré des intérêts géopolitiques profondément opposés. Et pendant ce temps, le commerce mondial, dominé de facto par Pékin, crée des déséquilibres que la rhétorique multipolaire ne résout pas.

La Chine inonde ses alliés de ses exportations

Ce qu’on retient généralement du sommet, ce sont les chiffres rondelets : 44 milliards de dollars de projets prévus, une volonté affichée de développer les échanges en monnaies nationales pour contourner le dollar, une poussée pour réformer la gouvernance mondiale. Mais ce qui se joue réellement est plus brutal. La Chine, moteur économique du bloc, inonde littéralement ses partenaires de ses marchandises, générant des déficits commerciaux massifs. Pékin a beau promettre des forums sur le commerce des services et une zone économique spéciale commune, l’Inde attend d’abord des actes : un meilleur accès à son marché pour ses produits, une réduction de ce gouffre commercial qui ronge sa capacité à bénéficier d’une croissance inclusive.

Cet asymétrie économique, longtemps tolérée dans le silence diplomatique, est devenue impossible à ignorer. Les sources diplomatiques indiennes elles-mêmes reconnaissaient l’enjeu : la Chine doit démontrer qu’elle accorde une importance réelle à ses relations avec l’Inde, pas seulement sur le plan politique, mais en répondant à des préoccupations commerciales de longue date. Autrement dit, Pékin doit arrêter de parler d’unité du Sud global tout en se comportant comme une puissance dominante vis-à-vis de ses supposés égaux.

L’épreuve de la cohésion

Le paradoxe central des BRICS persiste donc intact. Le bloc peut afficher un poids économique et démographique sans précédent, revendiquer une légitimité à réformer la gouvernance mondiale, défendre les intérêts du « Sud global ». Mais sa capacité à traduire cette masse en stratégie politique cohérente reste profondément compromise. Les tensions géopolitiques mondiales, loin de renforcer l’unité du bloc, mettent plutôt à l’épreuve ses fissures structurelles. Chaque membre cherche sa propre sortie de crise, ses propres alliances, ses propres intérêts.

Alors que le monde attend de voir si les BRICS peuvent réellement fonctionner comme un contre-poids fiable à l’ordre occidental, le sommet de New Delhi a fourni une réponse involontaire : oui, sur le papier. Non, en réalité. Le dégel sino-indien était peut-être nécessaire pour éviter l’effondrement complet du bloc, mais il n’a résolu aucune des contradictions profondes qui le paralysent. Et tandis que Washington continue à fragmenter les supply chains et à renforcer ses alliances régionales, les BRICS auront beau déclarer leur volonté de promouvoir une croissance inclusive, ils resteront emprisonnés dans une logique où le plus fort domine et où les promesses d’égalité sonnent creux.