Brésil : le retour de Lula dégèle l’alliance Pékin-Brasilia face à Washington
Le Brésil bascule. Luiz Inácio Lula da Silva a remporté l’élection présidentielle avec 51,79 % des voix contre 48,21 % pour Flávio Bolsonaro, selon les données officielles. Ce résultat chasse du pouvoir la dernière incarnation du bolsonarisme et restaure un acteur majeur des BRICS aux côtés d’un projet explicitement tournévers l’Est asiatique.
Washington acculé par ses propres contradictions
Trump a qualifié les élections brésiliennes de « truquées » sans apporter de preuves, geste rhétorique qui marque l’impuissance américaine face à un choix démocratique qui lui échappe. Le cri de rage de l’administration sortante masque un diagnostic plus grave : la victoire de Lula en Amérique latine annihile toute stratégie d’endiguement du Sud global que Washington tentait de construire depuis des années.
L’ironie sombre du moment réside dans le fait que la Bourse de São Paulo a plongé de près de 14 % immédiatement après le scrutin. Ce basculement boursier ne reflète pas l’incertitude économique, mais bien l’alignement de classe qui s’opère : les élites financières brésiliennes redoutent moins une gestion économique défaillante qu’une réorientation géopolitique décidée de leur pays vers un multipolarmosme assumé.
Pékin consolide son influence en Amérique latine
Lula cimentera son alliance avec Pékin face à une nation fracturée, écrivent les analystes géopolitiques. Le Brésil ne revient pas à la chambre occidentale : il la quitte. Cette trajectoire a été annoncée clairement par les équipes du président élu. Selon un conseiller en politique étrangère du gouvernement Lula, les attaques de Trump « renforcent nos relations avec les BRICS, car nous voulons avoir des relations diversifiées et ne pas dépendre d’un seul pays ».
Cette déclaration dépasse le simple jeu rhétorique diplomatique. Elle énonce une stratégie : le Brésil du second Lula construira une puissance économique autonome en s’inscrivant pleinement dans l’architecture des pays émergents. La Chine, qui a massivement investi dans les ressources brésiliennes, devient ainsi une ancre de la politique brésilienne bien plus stable que les fluctuations électorales américaines.
Une fracture civilisationnelle qui s’élargit
Cet ébranlement du scénario pro-occidental n’est pas isolé. Pendant ce temps, en Iran, le Parlement enjoint les citoyens à réduire de 10 % leur consommation de gaz face aux pénuries hivernales, tandis que Lula remporte un mandat porteur de tensions frontales avec Washington. Les deux événements du même dimanche électoral du 26 octobre signalent une réalité : l’ordre occidental n’absorbe plus les chocs géopolitiques comme il le faisait il y a une décennie.
Le retour de Lula intervient aussi dans un contexte où le BRICS élargi compte plus de 40 % de la population mondiale, et où l’Inde assure la présidence du bloc en 2026 pour consolider son statut de force géopolitique de premier plan au sein du Sud global. Ces chiffres bruts traduisent une mutation : le rapport de forces se déplace. Le Brésil de Lula ne sera qu’une pièce d’un grand réagencement, mais une pièce maîtresse.
Le marché financier qui a dégringolé le sait. Comme tout système qu’on n’arrive pas à dompter, il panique.