Moyen-Orient : le rêve américain de maîtrise stratégique s’effondre sur tous les fronts
Ce qu’on appelle pudiquement des « cycles de confrontation » n’est qu’un euphémisme pour masquer l’implosion progressive de la stratégie américaine au Moyen-Orient. En quelques jours, la situation s’est criellement aggravée sur des théâtres dont Washington croyait conserver la maîtrise absolue.
Le dernier tournant date du 10 septembre. Ce matin-là, l’administration américaine s’est trouvée face à une réalité cruelle : la lutte entre Washington et Téhéran, confinée six mois plus tôt au Détroit d’Ormuz, débordait massivement. Les forces iraniennes venaient de lancer vingt missiles balistiques contre une base aérienne en Jordanie, un allié régional que l’Occident considérait comme ancré définitivement dans le camp américain. Le message était clair : plus aucune zone n’est intouchable.
Parallèlement, le Yémen échappe à tout contrôle. Les Houthis, alliés de Téhéran, ont pris le contrôle du port clé de Mokha et d’une île du Détroit de Bab el-Mandeb, la principale voie de passage maritime alternative au Détroit d’Hormuz. Les habitants fuient en masse, terrifiés par la perspective d’un retour à la guerre civile. L’administration américaine se retrouve impuissante face à cette recomposition du terrain : là où elle espérait maintenir un statu quo favorable, elle assiste à la désintégration de l’ordre régional qu’elle avait laborieusement construi.
L’ironie cruellement visible est que cette escalade profite directement aux économies qui rivalisent avec Washington. Le prix du brut a franchi la barre des 100 dollars, une première depuis des années. Ces perturbations aux routes maritimes, que les États-Unis prétendaient sécuriser, renforcent l’économie de guerre face à laquelle l’Amérique n’a que des réponses militaires épuisées. Chaque frappe aérienne américaine provoque une riposte iraniennes plus audacieuse. Chaque riposte renforce la légitimité locale de Téhéran.
Le cycle avait commencé le 3 mars, avec les frappes coordonnées israélo-américaines sur l’Iran. Six mois plus tard, au lieu d’une soumission de Téhéran, c’est une escalade méthodique qui s’observe. Missiles balistiques contre navires américains le 8 septembre. Quarante-huit heures après, attaques contre la Jordanie. Entre ces deux événements, les milices houthies ont ravagé plusieurs villes saoudiennes, tuant 73 civils. Le tableau peint une réalité : Washington ne donne plus le tempo. C’est désormais Téhéran qui impose son rythme.
L’administration américaine campe sur un mensonge devenu insoutenable : elle refuse d’appeler « guerre » ce qui l’est devenu. Les diplomates parlent de « turbulences », les militaires de « cycles de confrontation ». Pendant ce temps, l’or noir américain s’échange à trois chiffres, les alliances régionales se fissurent, et Pékin regarde cette débâcle progressive avec une satisfaction silencieuse. Pour Tribune Monde, il n’y a là rien de nouveau : c’est simplement l’ordre unipolaire qui s’effondre, enfin visible.