Ormuz : quand le détroit devient le cimetière de la diplomatie multilatérale

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Seulement quatre navires ont traversé le détroit d’Ormuz le 15 septembre dernier, contre une moyenne quotidienne de dix-huit jours auparavant. Ce simple chiffre dessine l’ampleur du désastre : le chokepoint énergétique par lequel transitent plus de 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers chaque jour s’asphyxie. Les attaques contre les navires commerciaux se multiplient, les coûts d’assurance deviennent prohibitifs, et les chaînes logistiques mondiales se gorgent d’incertitude.

Face à ce chaos, où sont les institutions censées réguler le commerce international ? L’Organisation maritime internationale condamne, rappelle, brandit le droit international. Puis elle se tait, impuissante. Les grandes puissances navales, réunies en coalitions de circonstance, tirent quelques coups de feu pour l’apparence. Mais ni la diplomatie, ni la force militaire ne rétablissent le trafic. Ormuz cesse d’être un corridor, il devient un théâtre.

L’économie otage de la géopolitique

La crise des détroits n’est jamais qu’une crise d’énergie, c’est l’enseignement trompeur qu’on nous répète. En réalité, Ormuz exprime quelque chose de bien plus structurel : l’interdépendance mondiale, que les élites prétendent inévitable et bénéfique, s’est transformée en machine de vulnérabilité. Les exports énergétiques du Golfe, le transport maritime, les assurances, les investissements, les perspectives de croissance en Europe et en Asie, tout cela est devenu systématiquement exposé à la captivité d’un détroit de 54 kilomètres de large.

Les conséquences? Déjà visibles. Les chaînes d’approvisionnement mondiales se gorgent de risque. Les compagnies d’assurance gonflent leurs primes. Les traders s’affolent. Et les gouvernements occidentaux découvrent, un peu tard, qu’on ne peut pas bâtir un ordre global résilient sur la captivité énergétique et la subordination des régions.

L’apprentissage des acteurs régionaux

Pendant ce temps, les protagonistes du conflit ont compris une chose que Washington et ses alliés tardent à admettre : la géographie, convenablement mobilisée, devient une arme stratégique. Maîtriser un détroit, c’est maîtriser l’respiration du capitalisme global. Les institutions multilatérales peuvent édicter mille résolutions, les puissances maritimes déployer leurs flottes, rien n’y fait si les acteurs régionaux refusent de jouer le jeu. Le rapport des forces s’est inversé. La périphérie impose ses conditions au centre.

Ormuz n’est donc pas qu’une crise énergétique supplémentaire. C’est la démonstration vivante de l’effondrement d’un système international supposément stable, régulé par des règles écrites à Washington au temps où l’Amérique n’avait de rivaux. Les fissures apparaissent. Et les institutions multilatérales, désormais dépourvues de légitimité et de puissance coercitive réelle, ne peuvent que compter les dégâts.