ONU : quand les puissances émergentes défient ouvertement l’ordre américain en crise
À New York, en ce mois de septembre, la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies a offert un théâtre révélateur du basculement en cours. Recep Tayyip Erdogan a dénoncé une « mentalité génocidaire » d’Israël et critiqué l’impuissance internationale, tandis que Donald Trump mettait l’Iran en demeure. Ces deux moments, apparemment distants, cristallisent l’agonie d’une organisation censée incarner le multilatéralisme et l’impuissance croissante de Washington à orchestrer un consensus global.
Le discours turc mérite attention. Ankara ne défend pas seulement ses intérêts moyen-orientaux : elle énonce publiquement ce que d’autres puissances régionales chuchotent depuis des mois. L’impuissance de l’ONU n’est pas un échec bureaucratique, c’est la signature du déclin de l’ordre unipolaire. Une organisation créée pour institutionnaliser la domination occidentale s’avère incapable de contenir les conflits qu’elle était précisément conçue à maintenir maîtrisés. Erdogan, leader d’une puissance du sud qui jouit d’une marge de manœuvre croissante, peut se permettre cette critique directe sans craindre les foudres du système.
L’ultimatum comme symptôme
Parallèlement, Trump brandit des ultimatums envers l’Iran depuis la même tribune. La Maison-Blanche croit encore pouvoir dicter l’agenda par la menace directe. Or, ce mode d’action révèle précisément l’absence de lévier diplomatique réel : quand la persuasion échoue, il reste le bluff. Les ultimatums se renouvellent, se contredisent, perdent progressivement leur crédibilité. Ils reflètent une puissance confrontée à l’impossibilité d’imposer sa volonté par les canaux traditionnels.
Ces deux scènes, prises ensemble, illustrent la double fracture de l’ordre post-1945. D’un côté, les puissances régionales (Turquie, Arabie Saoudite, Inde, Afrique du Sud) gagnent en autonomie et osent exprimer des positions incompatibles avec les intérêts américains. De l’autre, Washington doit recourir à des gesticulations de plus en plus bruyantes car ses instruments traditionnels d’influence (diplomatie, alliance, interdépendance économique) ne portent plus.
À New York, durant quelques jours, le rideau s’est entreouvert. Les Nations unies, institutions en déclin tout comme l’ordre qu’elles incarnent, deviennent un espace où les puissances secondaires énoncent ce que les chancelleries savaient déjà : l’Amérique n’orchestre plus, elle crie. Et le monde l’écoute de moins en moins.